En bref
Le « cuir PU » n’est pas du cuir : c’est un tissu, souvent du polyester, recouvert d’une couche de polyuréthane qui imite le grain. En France, le mot « cuir » est réservé à la peau animale, et « simili-cuir » ou « faux cuir » sont interdits pour une autre matière, sauf sur les chaussures, étiquetées à part. Il finit par craqueler et peler.
Le cuir polyuréthane, c’est quoi : la matière, ce que l’étiquette a le droit d’en dire, comment elle vieillit et comment l’entretenir.
Ce qu’est le PU
Verdict d’abord : une pièce en « cuir PU » est une pièce en plastique sur tissu. Le polyuréthane est un polymère appliqué en couche sur une base textile, du polyester ou du coton, puis gaufré pour imiter le grain d’une peau. « Cuir végan » ou « matière premium », sur une fiche produit, désignent le plus souvent cette même enduction.
Trois matières se croisent sous des noms voisins, et l’étiquette doit permettre de les distinguer :
| Matière | Ce qu’elle est | Matière animale |
|---|---|---|
| PU, polyuréthane | Un textile enduit de polyuréthane | Aucune |
| Croûte de cuir enduite, dite « bicouche » | La partie interne d’une peau refendue, recouverte d’un film synthétique | Oui, la croûte |
| Cuir | La peau animale tannée, fleur comprise | Oui |
Une veste en PU sur base polyester reste une veste en polyester, quel que soit le grain imprimé dessus.
Ce que l’étiquette a le droit d’écrire
En France, la vente des articles en cuir ou qui en ont l’aspect est encadrée par le décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010. Il définit le cuir comme une matière obtenue de la peau animale, notamment par tannage, et impose de distinguer le cuir de la croûte de cuir, la partie interne de la peau.
Le décret interdit « façon cuir », « simili-cuir », « imitation cuir » ou « faux cuir » pour désigner une autre matière que le cuir, rappelle la DGCCRF : le vendeur doit préciser s’il s’agit de matériaux synthétiques, de textiles ou d’autres matériaux. « Cuir PU » associe donc un mot réservé à une matière qui n’y a pas droit.
Le décret ne s’applique pas aux produits fabriqués ou vendus légalement dans un autre pays de l’Union, ni aux équipements de protection. Une étiquette importée peut donc employer d’autres mots : c’est la composition qui tranche, pas l’appellation.
Les chaussures, un cas à part
Les chaussures sortent du décret et relèvent d’une directive européenne, la 94/11/CE. L’étiquette y décrit trois parties : la tige, c’est-à-dire le dessus, la doublure et la semelle de propreté, puis la semelle extérieure. Pour chacune, une catégorie parmi quatre, en mots ou en pictogrammes : cuir, cuir enduit, textile, autres matériaux.
Le PU apparaît sous « autres matériaux ». Le « cuir enduit » est un vrai cuir recouvert d’une couche de plus de 0,15 mm qui ne dépasse pas le tiers de son épaisseur.
Une matière doit représenter au moins 80 % d’une partie pour être seule indiquée ; sinon, les deux principales figurent. Le pictogramme de la tige, sur votre paire, montre-t-il une peau ou un losange ? C’est lui qui dit de quoi est fait le dessus.
Une tige synthétique ne réagit pas aux mêmes produits qu’un cuir : le produit d’imperméabilisation selon la matière en dépend.
Comment il vieillit
Le cuir est une peau faite de fibres entremêlées, qui respire, se détend et prend une patine. Le PU est une surface continue : il respire moins, ce qui se sent au pied et sous le bras, et il vieillit autrement.
Un fabricant de chaussures synthétiques explique le pelage par l’hydrolyse du polyuréthane, que la chaleur et l’humidité accélèrent : le film se fragilise, craquelle aux plis, puis se détache du tissu.
Un cuir abîmé se nourrit, se reteint ou se répare chez un cordonnier. Un PU qui pèle ne se rattrape pas : le film parti, il reste le tissu. « Matière innovante », sur la fiche, ne change rien à cette chimie.
L’entretien
L’entretien du PU est simple, à condition de ne pas le traiter comme du cuir :
- un chiffon humide, éventuellement avec un savon doux, puis un chiffon sec ;
- pas de crème ni de cirage nourrissants, faits pour une peau qui absorbe ;
- pas de séchage près d’un radiateur ni de stockage dans un placard humide, les deux accélérant le vieillissement du film.
On range une pièce en PU à plat ou sur cintre large, à l’abri de la chaleur.
Avant de payer : trois lignes à lire
La composition, d’abord : textile enduit, croûte enduite ou cuir. Le prix, ensuite, rapporté à une durée de vie plus courte qu’un cuir.
Le pli, enfin : sur des chaussures, c’est là que le film cède en premier, et une paire un peu grande peut plisser davantage, comme l’explique l’article sur des chaussures un peu grandes. Une étiquette qui dit « 100 % PU » ne dit pas autre chose que « plastique ».
Sources
- DGCCRF, fiche pratique « Le cuir », 9 octobre 2020
- Décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010 relatif à la commercialisation des produits en cuir et de certains produits similaires
- Directive 94/11/CE du 23 mars 1994 relative à l’étiquetage des matériaux utilisés dans les articles chaussants
